BIOGRAPHIE
Souki Belghiti a grandi au Maroc, d’un père marocain et d’une mère française. Cette double ascendance lui a donné une empathie qui lui permet de se fondre dans des univers très différents.
Lors de ses études supérieures à Paris- de biologie initialement-elle découvre le cinéma, se passionne, et finit par intégrer la prestigieuse école Louis Lumière, dont elle sort diplômée en 2009. Elle travaille aujourd’hui comme assistante-caméra, essentiellement sur des long-métrages de fiction.
C’est aussi pendant ses années estudiantines qu’elle entame une pratique photographique, de façon très pulsionnelle, comme on tient un journal intime. Face à l’étonnement renouvelé lié à ses allers retours de part et d’autre de la Méditerranée-garder des traces.
En 2013, elle retourne s’installer dans son Maroc natal. Face aux rapides mutations que vit le pays sous l’influence de la mondialisation, son travail photographique prend une importance et une urgence nouvelles. D’autant qu’encore trop souvent, le pays est représenté soit comme une carte postale soit sous un prisme misérabiliste, même si l’essor de la photographie marocaine peut contribuer à changer les choses.

Refusant de choisir entre reportage et symbolisme- elle cherche avec un style très direct et intime « l’exploration de l’occulte par l’apparent, la manifestation de l’occulte dans l’apparent » (les mots sont de Mahmoud Darwish) dans ce qui relève presque d’une démarche spirituelle. Avec l’espoir que le spectateur puisse retrouver dans ses images des émotions enfouies, faire son propre voyage intérieur…

DEMARCHE

The miracle to come
« There can be no photograph that is not about mourning and about the simultaneous desire to guard against mourning,(…). What the photograph mourns is both death and survival, disappearance and living-on, erasure from and inscription in the archive of its technically mediated memory. » Copy, Archive, Signature- A Conversation on Photography- Jacques Derrida

Enfant, on m’a menée voir une exposition de photographies anciennes- probablement des daguerréotypes-
Je me souviens de l’image d’une rue déserte. Le cartel expliquait que cette rue en réalité très animée au moment de la prise de vue semblait déserte en raison du temps de pose très long- première intuition de l’insignifiance humaine au regard de l’éternité…

Me fascinait aussi l’histoire de ces archéologues- dans les pyramides- qui voient les peintures si anciennes qu’ils viennent de découvrir s’effacer sous leurs yeux sous l’effet de la lumière…

La trace en train de s’effacer, le surgissement … C’est je crois, ce qui motive profondément mon travail photographique.

Cette série s’intitule « The miracle to come » en référence à la chanson de Leonard Cohen-qui évoque si poétiquement notre attente sans cesse renouvelée d’un miracle éternellement à venir- qu’il s’agisse de création artistique, de l’impossible fusion amoureuse, ou simplement de la vie qui passe.

Cette série, mélancolique sans être exempte d’une certaine ironie, évoque certes un certain Maroc, en attente perpétuelle du miracle à venir, mais j’espère aussi qu’elle peut avoir un écho plus intime…