DEMARCHE

Sans Paradis
Disposant de peu d’oseille en cette fin d’été 2008, le club Oasis Marine à Zarzis-Tunisie se dessine alors comme la destinée toute décidée de mes vacances détente. Quelques années avant le printemps arabe, cette énième dénommée zone touristique symbolise à son tour un jeu de non miroirs entre l’Europe et le Maghreb.
Une fois sur place, ma rétine s’impressionne des allers et venues de touristes s’abandonnant avec bruissement et empressement aux divers sports, activités, animations.
Ils attisent d’assaut les compétences des animateurs anglo- francophones, dessinant ainsi un microcosme constitué de vacanciers et du personnel hôtelier, un groupe interchangeable auquel je me vois barré tout accès. Ils m’apparaissent progressivement comme une masse laiteuse sans vie, traversée de vide, tellement ordinaire et abasourdie par l’excès du paradis solaire, que la surexposition photographique ne peut plus les sublimer.
De l’autre côté et pourtant dans le même lieu, se dressent sous mes yeux d’autres figures, plus uniques. Ce sont les ouvriers, jardiniers, tous ceux chargés de l’entretien de cet oasis artificiel. Spectres contemplatifs, s’acharnant à la tâche sous le soleil infernal, leur individualité noble se démarque du lot pension complète, boissons incluses. Avec eux, mon appareil photo, peut et désire s’approcher. J’extirpe au minimum la profondeur de champ des portraits, pour mieux sonder leurs pensées, les décontextualiser de leur labeur.
Ils sont p résents, la sagesse suinte des peaux : on se regarde, j’ai trouvé mes icônes tunisiennes.
Without Paradise
“Without Paradise” is a title that expresses my feelings when I was in this holiday club in Tunisia. I had the impression that the tourists where searching for a summer paradise that they could finally never reach. In fact they did not seem in vacation, being so busy with the club activities. They gradually appeared to me as a milky white lifeless entity, so empty and ordinary, overexposed by the excess of the « paradise meant » sun.
On the other hand, all the workers and gardeners of the club looked without paradise too. Where could heaven be for these people who worked all day long, experiencing more the burning sun as a hell rather than a peaceful heaven? Nevertheless, they carried much dignity on their faces, that is why I close upped their portraits, with minimum depth of field, tempting to approach their being and thoughts.